Éleuthère

Olivier Sedeyn Yoga, Chant, Vers la Sagesse

Le néant, le rien, le vide, l’être Entrer dans le monde du sentir, sans objet.

Dans la sensation pure, sans objet, une réalité se manifeste, irréductible à toute catégorie. Je sens quelque chose. Et je sens, c’est moi qui sens quelque chose en moi. Et en même temps, ce moi n’est pas moi, n’est pas l’identité psychique ou sociale, affective ou intellectuelle, qui est la « mienne » à l’extérieur, ou, d’ailleurs, à l’intérieur lorsque je suis la proie du manège des pensées, des émotions, des désirs et des opinions. Donc ni intériorité psychique, ni extériorité des objets extérieurs et des opinions qui se rapportent à ces objets, mais simplement une présence à la sensation, une ouverture, une disponibilité à la sensation. Et cette ouverture, cette disponibilité est une exposition au mouvement de la vie, une identification « consciente » (mais non « réfléchie ») au mouvement de la vie, plus justement un abandon au mouvement de la vie, en-deçà de toute vie particulière, même si cela a lieu irréductiblement dans un espace « clos », celui de mon corps, de mon intériorité. Ici, le « moi » n’est pas un moi de carte d’identité, c’est en quelque sorte une puissance de moi, un moi en puissance, et en même temps l’acte d’un être ouvert, la plénitude d’un moi qui n’est plus limité à des « qualités », des « défauts », des compétences ou un savoir, à une identité définie. Cet espace est « clos », mais l’est-il vraiment ? L’expérience n’est-elle pas celle au contraire d’une ouverture, d’un espace, sans limites ? Il ne faudrait d’ailleurs pas dire l’expérience, car l’expérience est l’expérience d’une autre chose que moi ; ici, c’est l’expérience d’un englobement total de tout par moi, en moi, je découvre que je suis tout, que tout ce que je vis, tout ce que je sens, est en « moi », que je suis « sans un second », qu’il n’y a pas d’autre que moi. C’est « l’expérience » décon­cer­tan­te et émerveillée du « non-autre ». Ici, la notion d’un manque en moi est totalement dépourvue de sens. Je suis parfait, total, entier, dans une béatitude à la fois heureuse et paisible, fervente et « froide ». Aucun enthousiasme, juste une lumière. 

            Juste présence à la sensation. Et la sensation révèle. Elle révèle la vie du corps, que l’on peut ainsi « suivre », épouser, le temps, le mouvement d’une sensation. Mais aussi, cette présence à la sensation, à l’espace intérieur, ouvre à l’espace pur, à l’immensité stable, au vide absolu, à l’immuabilité absolue de l’être qui ne peut être nommé. Et par cette lumière que je suis, par la conscience, encore une fois non-réfléchie, que je suis, par ce je suis qui est absent, retiré, de tout « je-suis-quelque-chose-ou-quelqu’un », ce je suis que je suis, est l’être qui est là, immuable, hors du temps. Cela révèle combien le corps est la porte par laquelle on entre dans ce qui n’est plus le corps. Mais l’âme n’est pas non plus ce dans quoi l’on entre, si l’âme est ce fatras de pensées, c’est-à-dire de passé qui m’encombre plus qu’il ne me soutient. En entrant profondément, sans mots, dans mon corps, je quitte le monde des corps, le monde des objets séparés, pour entrer dans l’espace pur de la présence, pour entrer dans ce qui est sans être dans le temps, qui est pure présence, innommable et pourtant donnée, vécue, dans l’instant, et à laquelle, toujours, je — je veux dire mon moi « extérieur », le moi séparé que je suis encore sans doute dans mon mental —, pourrai revenir, retourner, prenant conscience que ce « je », mon état de séparation, ma conscience réfléchie, individualisée, est un éloignement, une aliénation, une extériorisation de cet état de présence pure et de paix. 

Olivier Sedeyn

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