Éleuthère

Olivier Sedeyn Yoga, Chant, Vers la Sagesse

Lettre à un élève malade, quelques mots pour mieux comprendre ce qui est en jeu dans une séance de yoga

Comme tu as pu t’en apercevoir, même si cela est profond et a du mal à devenir pleinement conscient dans sa vérité, à la fin de chaque cours de yoga, on se sent mieux, plus calme, plus tonique, plus détendu, non pas au sens d’une corde de guitare (par ex), car alors, si elle n’a pas la bonne tension, et cela sonne faux (la guitare est « désaccordée »), mais au sens où toutes les cordes sont tendues à la bonne tension. La vraie détente est vitalité, la vraie relaxation n’est pas un relâchement, mais une dynamisation, une recharge. Je sens alors tout mon corps vivant, et, tout simplement, je me sens « bien ». Mais on se souvient plus facilement du mal, de la maladie, du malheur, que du bien, du bonheur que l’on a eu, de la santé dont on jouissait avant d’être malade. Du coup, lorsque je parle de mon expérience en yoga, j’ai tendance à utiliser de nouveau les catégories du langage ordinaire, dans lesquelles, « le yoga, ça détend », sans aller chercher plus loin. Et pourquoi d’ailleurs aller chercher plus loin ? Ces bavardages sur le yoga sont comme tous les bavardages, ils meublent la conversation et ne visent pas à nous faire sentir la vérité, ils expriment, ou simulent, une relation entre les interlocuteurs. Mais ces bavardages peuvent aussi égarer si on se met à y croire, à juger (soi et les autres) à partir des notions qu’ils véhiculent, tant donc que l’on ne cultive pas en soi la conscience, la discrimination, donc une certaine mise à distance de toutes les catégories pour s’ouvrir à l’expérience vécue, à ce que j’ai vraiment senti, à ce que je sens actuellement véritablement. NE CROYEZ EN RIEN, SENTEZ, OBSERVEZ, FAITES VOTRE EXPERIENCE. Cela seul a vraiment de la valeur C’est la raison pour laquelle il faut cultiver cette attitude de l’observateur qui ne juge pas, qui n’a pas de catégories, qui s’ouvre au réel, qui cultive sa sensibilité et même sa vulnérabilité. Alors, on cesse de bavarder, on agit, même si l’on est apparemment « passif ». L’action purifie, elle nettoie le mental et le met à sa place.

Pourquoi le yoga fait-il du bien? 

Parce qu’il accorde toutes nos cordes, tous les niveaux de notre être, en les englobant, en les incluant, en les accordant dans une harmonie vibratoire sensible que nous vivons, que nous sommes lorsque nous pratiquons et un peu après (ensuite, le mental revient et s’installe, ou veut s’installer, sur le trône). 

Pour revenir à ton cas, tu t’es fait mal à un endroit, tu t’es fait une entorse, tu t’es cassé la jambe, tu as mal aux dents, n’importe quelle douleur, n’importe quelle tension-raideur, n’importe quelle maladie. Notre tendance, lorsqu’on s’est fait mal, lorsqu’on est « mal », est de rester dans notre lit, et de ne rien faire (et si l’on est vraiment « mal », on ne peut rien faire !). Mais on ne s’aperçoit pas ainsi, car cela se passe dans le subconscient, que l’on s’enferme dans le mental, dans la représentation que « je ne vais pas bien » et cette représentation même est limitante, elle nous maintient dans la maladie. Qui de nous ne s’est pas senti « grippé » un jour, mais il y avait quelque chose qu’il fallait absolument faire et donc, à ce moment, nous n’avons pas écouté notre maladie, nous ne nous sommes pas apitoyés sur nous-même et nous avons agi, nous avons fait ce qu’il fallait faire. Et alors, étrangement, la « grippe » passe au second plan, voire disparaît tout à fait, ou en tout cas, elle s’estompe, elle n’a pas pris toute la place. Je ne dis pas qu’il en est « toujours » ainsi, mais c’est souvent le cas, ou en tout cas ça l’a été dans mon expérience.

Si vous n’êtes pas bien, et que c’est le jour du cours de yoga. Si vous n’êtes pas complètement invalide, venez quand même. Vous vous apercevrez à votre grande surprise que même si vous êtes perclus de douleurs en arrivant, vous vous sentirez quand même mieux à la fin du cours. Et si vous vous sentez mieux, c’est tout simplement que vous avez « décroché » de votre mental, de votre représentation limitée de vous-même. La plupart du temps, prenez-en conscience, nous sommes « accrocs », « accrochés » à notre mental, à nos représentations, à nos défenses, à notre image négative de nous-même. Comment se fait-il que nous soyons ainsi « accrocs » à préférer bizarrement le « mal » au « bien »? Je te laisse réfléchir à cette question. Dans un autre domaine, Freud parlait des « bénéfices secondaires » de la névrose : la névrose m’empoisonne la vie, mais j’y suis habitué, et cela me conforte dans une certaine image, dans une certaine attitude. Si bien que je suis attaché à ma névrose, je « l’aime » même si au fond de moi, il y a aussi l’aspiration à m’en libérer. 

Pensez simplement aussi au chantage affectif que chacun a tendance à faire lorsqu’il est malade : « je voudrais bien que les autres tournent autour de moi, qu’ils s’occupent de moi, qu’ils me prennent en charge ». Celui qui a vécu, dans une famille par exemple, le « poids lourd » d’un parent malade qui argue de sa maladie pour faire peser une autorité tyrannique (d’autant plus tyrannique qu’elle est « morale », apparemment « non-violente »), a senti le piège et s’effor­ce peut-être de ne pas y céder. Cela ne veut pas dire qu’il faut être impitoyable envers le malade qui souffre, même si c’est vous, mais ici comme ailleurs, il faut faire preuve de discernement. C’est-à-dire de conscience, d’ouverture à ce qui est, et non à des représentations que l’on se fait (à mes représentations d’abord, mais aussi à celles des autres). Quand j’étais jeune homme, j’ai lu « La pitié dangereuse » de Stefan Zweig, l’histoire d’un jeune homme dont une femme tombe amoureuse ; il ne l’aime pas et lui refuse son amour ; elle se jette par la fenêtre du haut d’une tour ; elle ne meurt pas, mais devient invalide ; et par pitié, le jeune homme l’épouse. Je me souviens encore de mon sentiment à cette lecture d’une fausseté de sentiment, d’un enfermement moral, d’une négation du véritable amour. Bien sûr, je relativise, le fait de se dévouer pour les autres, de les aimer (comme nous le faisons presque sans y penser pour nos enfants et celui ou celle que nous aimons particulièrement) peut être très beau. Mais il faut que cela soit fait gratuitement, sans désir d’obtenir quelque chose en retour. Sinon, c’est un amour mercenaire, qui cache, derrière le dévouement, une volonté de posséder et d’enfermer l’autre. 

Tout ça pour dire que chaque fois que vous n’allez pas bien, faites quand même du yoga, mais toujours avec conscience, avec discernement (qui implique observation attentive de soi), faites quand même du yoga, et venez au cours. Le fait d’agir, et le fait de faire circuler l’énergie dans le corps, marginalise le mental, réveille les sources de vie à l’intérieur de soi, donc stimule le retour naturel à la santé. Tout « mal » est un blocage d’énergie. Le bien est harmonie, harmonisation, l’équilibre toujours à reprendre (et en même temps toujours repris spontanément par la force de vie qui est en moi… tant que je suis vivant) entre tous les niveaux de mon être. Le physique, le physiologique-énergétique-vital, l’émotionnel, le mental, le spirituel, l’intel­ligence supérieure, l’amour libre et sans possession, la joie, la béatitude (c’est-à-dire le sentiment d’union, d’unité), la communion avec son être le plus profond (qu’on peut, si l’on veut, appeler Soi ou le brahman ou Dieu), l’absorption dans l’être au-delà de ma petite personne, de mon petit moi qui souffre (c’est toujours l’ego qui souffre, toute souffrance est égoïste, observez-le).  C’est cela que vise le yoga. C’est le grand but. 

Mais chaque pratique, chaque posture, est une occasion de redynamiser à la fois le corps et l’esprit. Et en expérimentant à chaque fois à nouveau cette harmonisation qui se fait en moi, j’avance vers le grand but et une grande stabilité, une grande paix s’installe en moi.  

Je salue la force créatrice en vous, 

Olivier

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